Sur le papier, tout va bien. Deux salaires, ou un salaire et une pension, des allocations qui tombent, un total mensuel qui couvre les dépenses. Et pourtant, le 12 du mois, le compte est déjà dans le rouge. Le loyer a été prélevé le 5, le crédit auto le 8, l'assurance le 10, et le salaire n'arrive que le 28. Entre les deux, il faut vivre.
Le problème tient au calendrier plus qu'au montant. Et c'est précisément ce que les tableaux de budget classiques ne montrent pas.
Un décalage que le relevé bancaire raconte mieux que le budget
Quand on fait ses comptes, on compare généralement le total des entrées au total des sorties, sur le mois. Si l'un est supérieur à l'autre, on se rassure. Mais un budget mensuel ne dit rien de l'ordre dans lequel les choses se passent. Or c'est cet ordre qui crée le découvert.
Un exemple simple. Un ménage qui reçoit 3 000 euros par mois et en dépense 2 800 est excédentaire. S'il paie 2 000 euros de charges entre le 1er et le 10 et touche ses revenus le 28, il passe pourtant près de trois semaines à découvert. Le solde annuel est positif, le quotidien ne l'est pas.
Dans beaucoup de foyers en Guadeloupe, en Martinique ou en Guyane, les prélèvements se concentrent dans les dix premiers jours du mois, parce que les organismes prélèvent tôt et que personne n'a jamais demandé à décaler. Les revenus, eux, arrivent en fin de mois, ou à des dates variables quand l'un des deux conjoints est payé à la quinzaine ou à la mission. Le compte passe donc une partie du mois en négatif, avec les frais qui vont avec, alors que sur l'année les revenus dépassent bien les dépenses.
La Banque de France, sur son site d'éducation financière Mes questions d'argent, conseille d'ailleurs aux personnes dont les revenus ou les charges sont irréguliers de raisonner sur un outil de gestion annuel plutôt que mensuel. C'est exactement ce que le relevé du mois ne permet pas de voir.
Les dépenses qui tombent en bloc
À ce décalage structurel s'ajoutent les dépenses ponctuelles mais prévisibles qui arrivent d'un coup. La taxe foncière à l'automne. L'assurance habitation payée en une fois. Les billets d'avion pour un mariage dans l'Hexagone, achetés six mois avant. La rentrée. Aucune de ces dépenses n'est un imprévu. Toutes fragilisent la trésorerie si elles n'ont pas été lissées.
En Guyane s'ajoutent souvent les trajets vers Cayenne pour des démarches ou des soins, avec l'hébergement qui va avec. En Guadeloupe et en Martinique, la saison cyclonique amène ses petites dépenses de prévention, et les fêtes de fin d'année tombent sur un mois de décembre déjà court. Rien de tout cela ne relève de l'imprévu, et pourtant tout cela pèse au même moment.
Et quand la trésorerie manque, la réaction la plus courante consiste à prendre un petit crédit pour passer le cap. Puis un autre le trimestre suivant. Le foyer se retrouve alors avec des revenus corrects, des dépenses raisonnables, et une série de mensualités nées uniquement de problèmes de calendrier.
Ce qu'on peut faire avant de penser au crédit
Quelques gestes n'ont rien de spectaculaire mais changent la physionomie du mois :
- demander à décaler les dates de prélèvement des principales charges vers la période qui suit le salaire
- mensualiser ce qui peut l'être, impôts locaux et assurances en premier
- ouvrir un compte séparé alimenté chaque mois pour les grosses échéances annuelles
- regarder le calendrier des prélèvements sur trois mois, pas seulement le total
Ces ajustements suffisent parfois. Ils prennent quelques coups de fil et un peu de discipline. Ils ne coûtent rien. Une date de prélèvement se déplace d'ailleurs souvent sur simple demande, auprès de la banque comme auprès de l'organisme de crédit.
Quand les mensualités elles-mêmes créent le problème de trésorerie
Il arrive que le calendrier soit déjà optimisé et que le compte reste à découvert une partie du mois. Dans ce cas, c'est l'addition des mensualités de crédit, prélevées à plusieurs dates, qui crée la tension. Trois ou quatre prêts en cours, chacun avec sa date, chacun avec sa mensualité, et plus aucune marge pour absorber un mois un peu plus lourd.
Une opération de rachat crédit antilles peut alors être étudiée. Le principe consiste à regrouper les prêts existants en un seul, avec une mensualité unique et une seule date de prélèvement, éventuellement complétée d'une enveloppe de trésorerie pour reconstituer une petite réserve. Cela remet de l'ordre dans le calendrier et peut, selon le dossier, alléger la charge mensuelle.
Il faut toutefois garder en tête le revers. Une mensualité plus basse s'obtient généralement en allongeant la durée, et un crédit plus long coûte plus cher au total. L'opération n'est pas systématiquement acceptée et ne convient pas à toutes les situations. Elle se décide après une étude sérieuse, chiffres à l'appui, en comparant le coût global avant et après.
La trésorerie est une question de rythme avant d'être une question de montant. Souvent, c'est le rythme qu'il faut réparer en premier.
